De la loi Malraux 1962 à la loi LCAP 2016 : 54 ans d'évolution
La loi du 4 août 1962, dite loi Malraux, a créé en France les premiers « secteurs sauvegardés » : des centres-villes historiques dotés d'un plan de sauvegarde opposable. Le premier secteur sauvegardé a été Sarlat (Dordogne), suivi en 1964 par le Vieux Lyon et le Marais à Paris. L'idée était révolutionnaire pour l'époque : on protège non pas un monument isolé, mais un ensemble urbain cohérent. Quelques décennies plus tard, deux dispositifs complémentaires ont été ajoutés — les ZPPAUP (loi Defferre 1983), puis les AVAP (loi Grenelle II 2010). Trois outils coexistaient donc, parfois superposés, avec des règles légèrement différentes.
La loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la Liberté de Création, à l'Architecture et au Patrimoine (loi LCAP, dite aussi loi CAP) a simplifié l'ensemble. Elle a créé une catégorie juridique unique — le Site Patrimonial Remarquable (SPR) — codifiée aux articles L631-1 à L632-3 du Code du patrimoine. Tous les anciens secteurs sauvegardés, ZPPAUP et AVAP sont automatiquement devenus des SPR. La loi a aussi clarifié les outils de gestion (PSMV ou PVAP), la procédure de création (par décision ministérielle après avis de la commission nationale du patrimoine et de l'architecture) et le rôle de l'ABF.
PSMV : l'outil le plus strict de gestion patrimoniale
Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) est l'instrument juridique le plus contraignant pour gérer un SPR. Il est opposable au tiers comme un PLU — c'est-à-dire qu'il s'impose directement à toute demande d'autorisation d'urbanisme, sans qu'on puisse y déroger. Il fixe parcelle par parcelle, immeuble par immeuble, des règles précises : statut du bâtiment (à conserver, à modifier, à démolir, à remplacer), prescriptions de façade (matériaux, couleur, percements), de toiture (pente, matériau, faîtage, lucarnes), de devanture commerciale, et même parfois de distribution intérieure (escaliers à conserver, cours à préserver). Il intègre un plan graphique extrêmement détaillé qui se lit en superposition avec un règlement écrit dense (souvent 100 à 300 pages).
En France, environ 110 SPR sont dotés d'un PSMV approuvé en 2026. Ce sont les centres historiques majeurs : Marais Paris, Versailles centre, Vieux Lyon, Bordeaux Saint-Pierre, Sarlat, Aix-en-Provence, Toulouse, Strasbourg Grande-Île, Reims, Arles, Avignon, Saint-Émilion, Nantes, Rouen, Tours, Annecy. La majorité des autres SPR (environ 900) sont gérés par PVAP — beaucoup moins détaillé, plus typologique. C'est aussi ce qui distingue le taux Malraux 30 % (PSMV) du taux 22 % (PVAP).
Architecte des Bâtiments de France : rôle, avis conforme, UDAP
L'Architecte des Bâtiments de France (ABF) est un fonctionnaire du ministère de la Culture, exerçant au sein d'une Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine (UDAP). Chaque département a son UDAP, rattachée à la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles). L'ABF est l'expert public chargé de veiller à la cohérence des projets architecturaux dans les zones protégées (SPR, abords MH, sites classés et inscrits). En SPR doté d'un PSMV, son avis sur toute demande d'urbanisme est « conforme » : la mairie est tenue de s'y conformer. Un refus ABF bloque le permis, sauf recours hiérarchique préfet ou contentieux administratif.
En pratique, l'ABF ne se contente pas d'instruire les dossiers passifs : il reçoit en rendez-vous, dialogue avec les architectes, valide les échantillons, parfois visite le chantier. Cette dimension de coopération technique est l'une des clés de la réussite d'un projet en secteur sauvegardé. Une architecte HMONP rodée au dialogue ABF sait quels arbitrages préparer, quelles prescriptions sont négociables, quelles palettes anticiper. Les UDAP couvrent l'ensemble du territoire francilien : UDAP 75 Paris, UDAP 77 Seine-et-Marne, UDAP 78 Yvelines, UDAP 91 Essonne, UDAP 92 Hauts-de-Seine, UDAP 93 Seine-Saint-Denis, UDAP 94 Val-de-Marne, UDAP 95 Val-d'Oise.
Le Marais : 60 ans d'un secteur sauvegardé devenu modèle
Le secteur sauvegardé du Marais a été créé par arrêté ministériel du 16 avril 1965, sur initiative directe d'André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles. Il couvre 126 hectares à cheval sur les 3e et 4e arrondissements de Paris, avec quelques rues du 1er. Le quartier concentrait au début des années 1960 un patrimoine architectural exceptionnel mais dégradé : hôtels particuliers transformés en taudis, ateliers et entrepôts envahissant les cours, façades noircies, modénatures cassées. Le PSMV approuvé en 1996 et modifié à plusieurs reprises (dernière modification 2013, mises à jour ultérieures) a piloté la restauration progressive du tissu.
Aujourd'hui, le Marais est considéré comme l'un des meilleurs exemples mondiaux de réussite patrimoniale : restauration des hôtels particuliers (Carnavalet, Sully, Lamoignon, Salé), retour des matériaux traditionnels en façade, restitution des modénatures, reprise des cours d'honneur. Il est aussi devenu un quartier extrêmement prisé pour l'investissement, ce qui se traduit par une activité dense de rénovation d'appartements et de copropriétés sous PSMV. Beaucoup de nos missions y portent sur la rénovation d'appartement dans un immeuble haussmannien ou XVIIe en compatibilité avec le PSMV.
Versailles : SPR de 250 hectares autour du Château
Le centre de Versailles est classé secteur sauvegardé depuis le 6 mars 1973. Le PSMV approuvé puis révisé (dernière modification 15 décembre 2022) couvre près de 250 hectares en cœur historique : quartier Notre-Dame (au nord du Château, ancienne Vieille Ville), quartier Saint-Louis (au sud, ancienne Ville Neuve de 1672), Parc-aux-Cerfs (1727), avenues royales rayonnant depuis le Château. L'ensemble forme une composition urbaine unique au monde — la « ville royale » conçue comme prolongement du Domaine de Louis XIV. Les hauteurs sont strictement plafonnées pour préserver les perspectives vers le Château, classé au patrimoine mondial UNESCO depuis 1979.
Les projets courants à Versailles centre concernent les hôtels particuliers XVIIIe (restauration de cours, façades à ordre, distributions intérieures), les maisons de ville XVIIIe-XIXe, les immeubles de rapport bourgeois, et de plus en plus les hôtels particuliers reconvertis en habitation collective ou en locaux d'activité. Toute intervention sur façade, toiture, percement ou volumétrie est soumise à avis ABF UDAP 78. Les contraintes énergétiques se conjuguent au PSMV : isolation par l'intérieur, menuiseries patrimoine en double vitrage, chaudières et VMC compatibles avec le bâti ancien.
Les SPR moins connus d'Île-de-France : Saint-Germain, Marly, Le Vésinet, Fontainebleau
Au-delà du Marais et de Versailles, l'Île-de-France compte plusieurs Sites Patrimoniaux Remarquables qui structurent fortement les projets sur leur territoire. Saint-Germain-en-Laye (78) combine un SPR sur le bourg historique, des abords MH étendus autour du château royal et de la terrasse, et un site classé. Le Vésinet (78) est protégé pour sa nature singulière de ville-parc imaginée en 1858 par Olive et Paxton pour les frères Pereire — un urbanisme paysager unique, où la végétation, les voies sinueuses et les villas victorientes font ensemble protégé. Marly-le-Roi (78) est concerné par les abords du Domaine royal et plusieurs périmètres patrimoniaux superposés.
Fontainebleau (77) protège plusieurs ensembles : SPR sur le centre-ville historique, château royal classé MH et patrimoine mondial UNESCO, forêt domaniale classée comme site naturel et culturel, abords étendus à plusieurs communes du pays (Avon, Bois-le-Roi, Samois-sur-Seine, Barbizon). Chaque commune a son propre régime — il faut systématiquement vérifier le statut exact de la parcelle avant tout dessin. Ailleurs en France, des SPR notables existent sur Le Mans, Chartres, Bourges, Reims, Pérouges, Beaune, Riquewihr, Conques — autant de territoires où une mission à distance peut se conduire avec une visite ponctuelle.
Matériaux traditionnels : chaux, pierre, zinc, bois patrimoine
Le retour aux matériaux traditionnels est l'une des prescriptions centrales du PSMV. Pour les façades enduites, on utilise un mortier de chaux aérienne (CL 90) ou hydraulique naturelle (NHL 2, NHL 3.5, NHL 5 selon la portance et l'exposition), avec un sable local et des terres naturelles pour la teinte. Les compositions s'inspirent des recettes XIXe documentées par les traités d'architecture (Cloquet, Choisy, Viollet-le-Duc, Reynaud). L'enduit se pose en trois couches sur trois jours minimum, avec un temps de carbonatation long. Le ciment Portland est strictement proscrit : il rigidifie le mur ancien, bloque la migration de vapeur et accélère les pathologies (sels, salpêtre, décollement).
Pour les façades pierre, on retient la pierre meulière (très utilisée en pavillonnaire IDF XIXe), le calcaire de Saint-Maximin (Paris), le calcaire de Saint-Vaast ou d'Euville selon la zone géographique. Le jointoiement se fait à la chaux, jamais au ciment. Pour les toitures parisiennes, le zinc à joints debout (TF20 ou TF25) domine, posé sur voligeage continu. La tuile mécanique de pays s'utilise sur Versailles, Saint-Germain, Fontainebleau selon le bâti d'origine. L'ardoise est rare en IDF (sauf Le Vésinet et certains pastiches). Les menuiseries de fenêtre sont en bois — chêne (qualité supérieure, environnement humide) ou sapin du Nord — avec profils issus du vocabulaire historique. Plus de détail dans nos pages sur la rénovation de maison patrimoniale.
Devanture commerciale et enseigne : la rue scrutée par l'ABF
La devanture commerciale est l'élément le plus visible d'une rue commerçante en secteur sauvegardé, et donc l'un des plus surveillés par l'ABF. Le règlement du PSMV impose le respect du « cadre » de devanture historique : pilastres ou panneaux latéraux marquant la verticalité du rez-de-chaussée, bandeau-enseigne horizontal calé sur la hauteur des seuils du premier étage, corniche d'entablement, retrait de la vitrine par rapport au nu de la façade. Les menuiseries de devanture sont en bois peint (parfois métal selon l'époque architecturale de l'immeuble), avec une palette de couleurs validée : bordeaux, vert anglais, bleu foncé Empire, noir, gris ardoise, brun de Hambourg. Les couleurs criardes et les couleurs « modernes » sans référence historique sont systématiquement proscrites.
Le store-banne est encadré : armature droite (pas de dôme), toile unie de couleur sombre coordonnée à la devanture, sans lambrequin imprimé, sans logo géant. L'éclairage : ponctuel, doré ou blanc chaud, intégré ou en applique discrète, jamais en bandeau LED multicolore. L'enseigne drapeau est limitée en dimensions, en matériau (métal patiné, bois doré, fer forgé peint) et en éclairage. Toute devanture nouvelle ou modifiée passe par une DP avec avis ABF — la non-conformité expose à une procédure de mise en demeure de la mairie, voire à une dépose forcée.
Ravalement obligatoire 10 ans à Paris en secteur sauvegardé
Le règlement sanitaire du département de Paris impose un ravalement de façade tous les 10 ans pour tout immeuble dont la façade est visible depuis la voie publique (article L132-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation, dispositif Paris-ravalement). Dans le Marais, ce ravalement est soumis à DP avec avis ABF. Le règlement PSMV impose des techniques traditionnelles : enduit à la chaux aérienne ou hydraulique naturelle, jointoiement à la chaux pour les façades pierre, traitement des modénatures (corniches, bandeaux, encadrements de baies, ferronneries), conservation ou restitution des éléments d'origine (garde-corps, balcons, ferronneries de cour).
Les diagnostics préalables (état sanitaire, sondages, prélèvements de mortier, identification des pathologies) précèdent les travaux. Le chantier se déroule sous échafaudage avec maître d'œuvre architecte, entreprise qualifiée en patrimoine (Qualibat 9132, 9133, 9182 ou équivalent), et contrôle de l'ABF en cours de chantier. Côté financement, la mairie de Paris propose des aides spécifiques au ravalement en secteur sauvegardé, cumulables avec la loi Malraux pour les investisseurs locatifs. Les copropriétés du Marais provisionnent généralement plusieurs années à l'avance via leur fonds travaux.
Loi Malraux : la fiscalité du SPR pour les investisseurs
La loi Malraux, codifiée à l'article 199 tervicies du Code général des impôts, offre aux investisseurs immobiliers une réduction d'impôt sur le revenu calculée sur les travaux de restauration d'un immeuble situé en Site Patrimonial Remarquable. Deux taux selon le zonage : 30 % de réduction si l'immeuble est en SPR couvert par un PSMV approuvé (Marais Paris, Versailles centre, Vieux Lyon, Sarlat, Bordeaux, etc.), et 22 % si l'immeuble est en SPR couvert par un PVAP approuvé. Le plafond pris en compte est de 400 000 € de travaux sur 4 années consécutives, soit jusqu'à 120 000 € de réduction d'impôt maximale (cumulable en investissement multiple). Le bien doit être loué nu à usage de résidence principale pendant au moins 9 ans.
Particularité décisive : la réduction Malraux est hors plafond global des niches fiscales de 10 000 € par an. Elle se cumule donc pleinement avec d'autres dispositifs (Pinel, Denormandie, déficit foncier classique). C'est pourquoi elle est plébiscitée par les contribuables à forte fiscalité (TMI 41 % ou 45 %). Le montage suppose : choix d'un immeuble éligible avec PSMV ou PVAP, projet de restauration validé par l'ABF, déclaration d'utilité publique éventuelle, suivi rigoureux des dépenses éligibles. Wafa Lahmar accompagne plusieurs montages Malraux dans le Marais Paris et à Versailles centre, en lien avec les conseillers patrimoniaux et les SCPI Malraux du marché.
Rénovation énergétique en secteur sauvegardé : compatibilités et limites
Rénover énergétiquement un bien en secteur sauvegardé suppose des arbitrages spécifiques. L'isolation thermique par l'extérieur (ITE) est en principe proscrite en façade sur rue : elle modifierait l'épaisseur de la façade, supprimerait ou masquerait les modénatures et changerait l'aspect extérieur. On bascule donc sur l'isolation par l'intérieur (ITI), avec des matériaux compatibles avec l'inertie et l'hygrothermie du bâti ancien : laine de bois, laine de chanvre, ouate de cellulose, complexes chaux-chanvre projetés, ou systèmes capillaires actifs (panneaux de silicate de calcium). L'épaisseur d'ITI courante est de 80 à 140 mm, à arbitrer entre performance et perte de surface.
Le poste menuiseries est central : remplacement par des fenêtres bois patrimoine en double vitrage 4-12-4 ou 4-16-4 à isolation renforcée, en respectant les profils, sections et petits-bois imposés par le PSMV. La ventilation se reprend en VMC hygro B, VMI (ventilation par insufflation), ou ventilation naturelle assistée selon la configuration. Le chauffage privilégie les solutions à eau (radiateurs basse température, plancher chauffant compatible) avec pompe à chaleur, chaudière à condensation gaz, ou raccord au chauffage urbain dense parisien (CPCU dans le Marais). Les aides MaPrimeRénov' restent accessibles et peuvent se cumuler avec la loi Malraux côté investisseur.
Recours hiérarchique préfet en cas d'avis ABF défavorable
L'article L632-2 du Code du patrimoine prévoit une voie de recours spécifique en cas d'avis ABF défavorable : le recours hiérarchique auprès du préfet de région. Il doit être exercé dans les 2 mois suivant la notification de l'avis, par le pétitionnaire (porteur du projet) ou par la mairie elle-même si elle estime l'avis disproportionné. Le préfet statue après avis de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture (CRPA), instance consultative qui réunit des élus, des représentants de l'État (DRAC, UDAP), des associations patrimoniales, des architectes et des historiens d'art. Le préfet peut confirmer l'avis ABF (refus définitif), l'infirmer (autorisation possible) ou le modifier (autorisation avec prescriptions adaptées).
Statistiquement, le recours hiérarchique aboutit dans environ 30 à 40 % des cas favorablement au pétitionnaire — surtout quand le motif de refus est discutable techniquement, disproportionné par rapport à la sensibilité réelle du bâti, ou contredit par des précédents sur des projets voisins. Le montage du recours suppose un mémoire argumenté pied à pied, des éléments graphiques complémentaires, parfois une contre-expertise patrimoniale. La voie contentieuse devant le tribunal administratif reste ouverte en parallèle ou après recours hiérarchique, mais elle est longue (12 à 24 mois) et incertaine.
Architecte HMONP vs ACMH : qui peut intervenir où ?
Deux titres d'architecte se rencontrent dans les projets patrimoniaux. L'architecte HMONP (Habilitation à la Maîtrise d'Œuvre en son Nom Propre) ou DPLG (Diplômé Par Le Gouvernement, ancien titre jusqu'à 2007) peut signer toute autorisation d'urbanisme sur tout le territoire français : permis de construire, déclaration préalable, permis de démolir, y compris en SPR doté d'un PSMV. C'est le titre courant qui couvre l'écrasante majorité des projets, y compris en secteur sauvegardé. L'architecte HMONP travaille en dialogue avec l'ABF, signe les dossiers, défend l'avis conforme.
L'ACMH (Architecte en Chef des Monuments Historiques) est un titre spécifique, accordé par concours d'État après formation à l'École de Chaillot, qui donne compétence exclusive sur les édifices classés MH au titre du Code du patrimoine — la cathédrale, le château royal, le monument lui-même. Sur ces édifices classés MH individuellement, seul un ACMH peut signer la maîtrise d'œuvre des travaux structurels. Sur un immeuble courant situé en SPR mais non classé MH individuellement (l'écrasante majorité des cas dans le Marais, à Versailles centre, à Saint-Germain, à Fontainebleau), c'est un architecte HMONP comme Wafa Lahmar qui pilote le projet — avec maîtrise du règlement PSMV et de la pratique ABF.
Plus Beaux Villages de France et superpositions de protection
159 communes françaises sont labellisées « Plus Beaux Villages de France », un label privé créé en 1982 et qui s'applique à des bourgs ruraux de moins de 2 000 habitants au patrimoine architectural et paysager exceptionnel. Beaucoup de ces villages sont aussi protégés au titre du Code du patrimoine — SPR avec PVAP ou PSMV, abords MH, sites classés et inscrits. La double protection (label privé + dispositif d'État) renforce l'attractivité touristique et l'exigence patrimoniale. Exemples : Pérouges (Ain), Conques (Aveyron), Saint-Cirq-Lapopie (Lot), Eze (Alpes-Maritimes), Rochefort-en-Terre (Morbihan), Riquewihr (Haut-Rhin).
En Île-de-France, peu de communes sont labellisées Plus Beaux Villages, mais plusieurs ont des protections superposées : Provins (Seine-et-Marne, patrimoine mondial UNESCO + SPR), Senlis (Oise, mais limitrophe), Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne, SPR), Crécy-la-Chapelle. Pour ces territoires, le travail d'architecte mêle lecture des règlements multiples (PSMV ou PVAP + servitudes d'abords + site classé éventuel) et coordination avec la mairie, l'UDAP, la DRAC et parfois la Fondation du Patrimoine si des subventions sont sollicitées.
Coordination avec l'UDAP : esquisse, échantillons, mise au point
La coordination avec l'UDAP est un savoir-faire central en secteur sauvegardé. Elle se structure en trois temps. D'abord le rendez-vous d'esquisse, demandé par mail à l'UDAP, avec un dossier de présentation succinct : plan de situation, plans état actuel, intentions, vues et photos. L'ABF reçoit en personne ou en visio, parcourt le projet et formule ses observations principales : ce qui passe d'emblée, ce qui appelle des ajustements, ce qui est exclu. Le compte-rendu de RDV, même informel, oriente toute la suite. Ensuite la phase d'échantillons : palette d'enduits à la chaux teintée, échantillons de zinc, échantillons de pierre calcaire, profils de menuiseries bois, fers d'ornement.
Pendant l'instruction, l'ABF peut demander des compléments : photomontages depuis l'espace public, coupes paysagères, notice patrimoniale détaillée, plans techniques de détail (raccord de couverture, profil de corniche, jonction d'enduits). Pendant le chantier, l'ABF peut effectuer un contrôle de conformité, valider les échantillons in situ, demander des modifications sur le chantier — c'est sa responsabilité de garant de la qualité patrimoniale. Travailler avec cette pratique en tête est un facteur clé de succès — c'est aussi ce que nous documentons sur la page DP ABF et PC ABF.
Calendrier réaliste d'un projet en secteur sauvegardé
Un projet en SPR/PSMV demande un calendrier élargi par rapport au même projet hors zone protégée. Phase études : 3 à 6 mois (lecture règlement, esquisse, rendez-vous UDAP, ajustements, APS, APD, dossier patrimoine). Instruction : 3 mois pour une DP majorée, 3 à 5 mois pour un PC selon programme. Délai de recours des tiers : 2 mois après affichage régulier — important en secteur où les associations patrimoniales (Sites & Cités, France Patrimoine, associations locales) peuvent attaquer un permis qu'elles jugent trop libre. Phase travaux : 6 à 18 mois selon ampleur. Au total, prévoir 18 à 30 mois entre première rencontre et fin de chantier pour une opération significative.
Sur un simple ravalement à la chaux avec DP, le calendrier se resserre : 1 à 2 mois d'études, 2 mois d'instruction, 2 mois de purge des recours, 2 à 4 mois de chantier — soit 7 à 10 mois au total. Sur une restauration globale d'hôtel particulier avec PC et plusieurs corps de métier, on s'approche des 2 à 3 ans. Ce calendrier ne doit pas effrayer : il est connu, cadré, gérable. Ce qui le déstabilise vraiment, c'est l'avis ABF défavorable au dépôt — qui ajoute facilement 6 à 12 mois de reprise. D'où l'importance du rendez-vous préalable et du dialogue continu avec l'UDAP.
Aides financières en secteur sauvegardé : Malraux, Fondation, communes
Plusieurs dispositifs d'aide cohabitent. La loi Malraux (réduction d'impôt 22-30 % sur travaux, jusqu'à 400 000 € sur 4 ans, hors plafond niches fiscales) est le levier dominant pour les investisseurs locatifs. La Fondation du Patrimoine peut subventionner des travaux extérieurs sur immeuble patrimonial non protégé MH mais inclus dans un périmètre reconnu — démarche de partenariat avec la commune et la DRAC, label « Fondation » accordé après instruction, montant variable selon le projet. Les aides communales : la Ville de Paris propose des subventions ravalement spécifiques en secteur sauvegardé, Versailles, Lyon, Bordeaux, Sarlat ont leurs propres dispositifs.
Le crédit d'impôt MaPrimeRénov' reste accessible pour les volets isolation et chauffage compatibles avec le PSMV — l'épaisseur d'ITI, le type d'isolant biosourcé et la performance des menuiseries sont éligibles aux primes. L'éco-PTZ (prêt à taux zéro travaux) peut compléter le financement, dans la limite des plafonds. Pour les copropriétés, l'éco-PTZ collectif permet de mutualiser. La SCPI Malraux est une voie d'investissement passif : on achète des parts de SCPI plutôt qu'un bien physique, et la défiscalisation se fait par quote-part. Sur des programmes de réhabilitation lourde, la fiscalité Malraux peut représenter jusqu'à 30 % du coût net pour l'investisseur.
Vitrerie ancienne : verre cive, plat 4-6 mm, profils historiques
Une partie du caractère architectural des immeubles XVIIIe-XIXe en secteur sauvegardé tient à la vitrerie. Les fenêtres anciennes étaient équipées de verres soufflés (verre cive, jusqu'au milieu du XIXe), puis de verres plats étirés mécaniquement (à partir de 1850-1900) en faibles épaisseurs : 2 à 4 mm. Ces verres présentent des irrégularités optiques (bulles, ondulations, légères déformations) qui donnent vie aux façades. Lorsqu'on remplace les fenêtres, les fabricants de menuiserie patrimoniale proposent des verres « cive reconstituée » ou des verres restanus anciens (issus de démolitions) montés en double vitrage, pour préserver ce caractère.
Pour le double vitrage performant en menuiserie patrimoine, on retient des compositions 4-12-4 ou 4-16-4 avec verre extérieur restanus 4 mm (ancien ou cive) et verre intérieur à isolation renforcée. Coefficient Uw de l'ensemble fenêtre : 1,3 à 1,5 W/m²K, compatible avec les exigences RE2020 sur l'enveloppe et avec les prescriptions PSMV. Ces menuiseries spécifiques coûtent significativement plus que des fenêtres standard, mais elles sont la condition d'un accord ABF en façade sur rue d'un immeuble XVIIIe-XIXe du Marais ou de Versailles. Plusieurs fabricants français (Boutonnet, Stricher, Atulam, et quelques ateliers parisiens spécialisés) opèrent sur ce marché.
Le Vésinet, Marly-le-Roi : SPR singuliers en Île-de-France
Le Vésinet (78) présente un cas particulier : c'est une « ville-parc » conçue en 1858 par l'architecte paysagiste Olive et l'ingénieur britannique William Paxton (concepteur du Crystal Palace) pour les frères Pereire — banquiers et promoteurs du Second Empire. L'urbanisme y est radicalement original : voies sinueuses suivant les courbes du terrain, parcellaire généreux, végétation dominante, villas de style victorien, anglo-normand, néo-classique disséminées dans un grand parc paysager. Le SPR couvre l'ensemble de la ville, protégé pour cette singularité paysagère. Tout projet sur villa, clôture, allée, plantation, modification de voirie passe par l'avis ABF UDAP 78.
Marly-le-Roi (78) est concerné par les abords du Domaine royal de Marly — ancien lieu de villégiature de Louis XIV — et plusieurs périmètres patrimoniaux : site classé, abords MH, parfois SPR sur certaines zones du bourg. La pratique architecturale y combine restauration de maisons XVIIIe-XIXe, extension contrôlée et restauration de demeures bourgeoises Art Déco ou Belle Époque. Les enjeux ABF sont concentrés sur la covisibilité avec le Domaine et sur la préservation du caractère résidentiel haut de gamme. Saint-Cloud (92) connaît une logique similaire sur les abords du Domaine national de Saint-Cloud, classé MH et site classé.
Le profil HMONP de Wafa Lahmar appliqué au secteur sauvegardé
Wafa Lahmar est architecte HMONP, inscrite à l'Ordre des architectes, intervenante régulière en secteur sauvegardé sur les territoires emblématiques d'Île-de-France : Marais Paris, Versailles centre, Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, Le Vésinet, Marly-le-Roi. Sa pratique combine la maîtrise du règlement PSMV (lecture parcelle par parcelle, anticipation des prescriptions ABF), le dialogue avec les UDAP (rendez-vous préalables, présentation d'esquisse, validation d'échantillons), la production de dossiers patrimoine sur mesure (photomontages, coupes, notice patrimoniale), et le suivi de chantier avec entreprises qualifiées en patrimoine.
Les projets accompagnés vont de la rénovation d'appartement en immeuble haussmannien ou XVIIe (changement de menuiseries patrimoine, intervention intérieure compatible PSMV), au ravalement de façade pierre avec restitution des modénatures, jusqu'à la restauration d'hôtel particulier ou de maison de ville XVIIIe. Le profil HMONP est suffisant et adapté à tous ces projets — l'ACMH n'étant requis que pour les édifices classés MH individuellement, ce qui ne concerne que quelques bâtiments par périmètre. Pour chiffrer un projet, prendre un rendez-vous ou demander un audit secteur sauvegardé, contactez-nous directement.